Cosmétiques & hygiène

Saponification à froid – les bases à connaître

Qu’est-ce que la saponification à froid ? Comment peut-on fabriquer des savons soi-même ? Quelles sont les huiles et beurres idéaux ? Comment ajoute-t-on des couleurs, des fragrances ? Quels est le matériel nécessaires ?

Je tente dans l’article ci-dessous de vous donner un maximum de réponses 🙂

Le Savon : Kezako ?

Le savon solide est le résultat d’une réaction chimique entre un mélange de matières grasses (huiles végétales, beurre végétal, graisse animale…) et de soude. Les huiles et beurres sont constitués en majorité de triglycérides d’acides gras. Lorsque l’on ajoute de la soude, ceux-ci sont transformés en savon en suivant le schéma de réaction ci-dessous (R représente la chaîne carbonée de l’acide gras, longue chaîne de 12 à 22 atomes de carbones pour les acides gras les plus communs dans les huiles végétales), que j’ai pu retrouver sur Aroma-zone :

Vous l’aurez compris donc : les Triglycérides d’acides gras, sous l’action de la soude, donnent de la glycérine et du savon. La glycérine, c’est elle qui apporte la douceur et le côté hydratant au savon. Mais toutes les molécules ne réagissent pas avec la soude, ce sont les insaponifiables. Eux vont apporter des bénéfices supplémentaires à notre savon (vitamine E, anti oxydant etc..), ils ont donc toute leur importance.

Avec un peu de pratique et les bons outils, vous pourrez bientôt faire votre savon sur-mesure.

Vous avez dit saponification à froid ?

La méthode de la saponification à froid est la plus simple et la plus basique, après la refonte, pour réaliser vos savons chez vous. Cette méthode requiert néanmoins de la précision car elle consiste en un calcul précis de la quantité de soude nécessaire en fonction des huiles et beurres utilisés.

En effet, la saponification à froid est une réaction chimique totale : c’est-à-dire qu’elle continue jusqu’à épuisement de l’un des deux composants : soude ou corps gras. Ici, c’est la soude qui s’épuise totalement et l’huile qui reste en excès. On parle alors d’un savon surgras car les graisses contiennent des propriétés nourrissantes qui vont aussi adoucir le savon. Cette réaction chimique n’étant pas complète dans l’immédiateté, il faut laisser au savon le temps d’évacuer la soude par lui-même pendant une période d’au moins 4 semaines (6 semaines pour les savons à majorité d’huile d’olives). Cela s’appelle la cure.

Atelier saponification à froid

 

C’est quoi la méthode de la refonte ?

La méthode de la refonte est la façon la plus simple et la plus rapide pour faire vos savons. Elle consiste à prendre des morceaux de savons restants, de les râper et de les faire chauffer au bain-marie avec un peu d’eau. Sous l’action de la chaleur, le savon va fondre et trouver un état proche du liquide. Vous pouvez alors le sortir du feu, ajouter des huiles essentielles si vos morceaux n’en contenaient pas à la base et des colorants si nécessaire, avant de le couler dans un moule. Après un bref passage (1h) au frigo et 24h de repos, vous pourrez démouler et utiliser.

Le surgraissage :

On l’a vu un peu plus haut, en saponification à froid, il faut que la quantité huile soit supérieure à celle de soude.

Pour cela, deux solutions :

>On pratique une réduction de soude : cela consiste à utiliser moins de soude que nécessaire. On enlève généralement 5%

>On surgraisse au moment de la trace : cela consiste à ajouter un corps gras (beurre ou huile) une fois la réaction chimique apparue, c’est-à-dire lorsque la soude et les huiles ont réagi pour donner la glycérine, c’est ce qu’on appelle la trace. Le surgraissage est généralement effectué à hauteur de 8%. C’est le moment d’utiliser vos huiles précieuses car leurs propriétés ne seront pas altérées par la soude. Je vous déconseille d’aller au-delà des 12% au risque de voir votre savon rester mou, voire rancir.

Je vous recommande, lorsque vous débutez, de cumuler une réduction de soude (d’au moins 5%) avec un surgraissage additionnel « à la trace ».

Plusieurs options possibles :

  • Réduction de soude de 5% comme marge de sécurité et surgraissage additionnel en une huile ou un beurre particulier de 3 à 7%
  • Réduction de soude entre 6 et 10% pour un surgraissage en toutes les huiles de la base et surgraissage additionnel (2-3%) en une huile ou beurre particulier au moment de la « trace »
  • Réduction de soude entre 5 et 12% pour un savon simplement surgraissé en toutes les huiles du mélange si vous ne souhaitez pas ajouter d’huile particulière
  • Réduction de soude de 1 à 4%, et IMPERATIVEMENT dans ce cas surgraissage additionnel de façon à avoir AU MINIMUM 5% (au moins 8% est recommandé pour un savon doux) de surgraissage total (option déconseillée car il y a toujours le risque d’oublier les ajouts en fin de préparation, ou d’avoir trop vite un mélange trop épais pour garantir un mélange homogène des huiles ajoutées)

Des huiles et de la soude, vous dites ?

Le savon, c’est un mélange de :

CORPS GRAS + LESSIVE de SOUDE (ou soude à diluer soi-même) + AJOUT à la trace

Savons réalisés avec la technique de la saponification à froid

Toutes les huiles ou CORPS GRAS n’ont pas les mêmes propriétés et ne réagissent pas avec la même quantité de soude. On parle d’indice de saponification des huiles. Il faut donc toujours bien veiller à être précis lors des mesures et à recalculer sa formule si on change un ingrédient ou sa quantité dans la recette.

Voici quelques propriétés intéressantes d’huiles et de beurres qui sont utiles en saponification à froid :

Nourrissantes : huiles d’Avocat, d’Amande douce, d’Olive, de germes de Blé, d’Argan, de Macadamia, de Sésame…

Anti-âge et revitalisantes : huiles de Rose musquée, de Framboise, d’Onagre, de Bourrache…

Apaisantes : macérât huileux de Calendula, huile de Framboise, huile de Cranberry

Purifiantes : huiles de Nigelle, Neem, Calophylle inophyle

Pour un toucher très riche et crémeux : beurres de Karité, Mangue, Cacao, Tucuma, …

Et un tableau qui recense les principales huiles et leurs propriétés :

Source Aroma zone

 

D’ailleurs, la SOUDE, on la trouve sous deux formes : déjà toute prête : c’est la lessive de soude (diluée entre 30 et 35% – attention à bien vérifier le pourcentage de dilution) ou sous forme de poudre : c’est l’hydroxyde de sodium à diluer soi-même (attention à ne pas confondre avec les cristaux de soude ou le bicarbonate de soude).

Personnellement, j’utilise principalement la lessive de soude car elle induit moins de manipulation et de risques mais si vous suivez les instructions de dilution et portez le matos de protection, vous ne devriez pas avoir de souci. Utiliser des perles de soude à cependant un avantage certain : vous pouvez faire la dilution avec le liquide que vous souhaitez comme le lait d’ânesse par exemple…

Enfin, les AJOUTS à la trace vont pimper votre savon : en plus du surgraissage, vous pouvez ajouter du miel, noix concassée, colorants, huiles essentielles… des dizaines et des dizaines de possibilités s’offrent à vous.

Et l’odeur dans tout ça ?

Il est assez difficile de prévoir la tenue des odeurs en saponification à froid, car comme les couleurs, elles réagissent avec la soude.

>Huiles essentielles : la tenue et le rendu de leur parfum dans le savon varient énormément selon l’huile essentielle. D’une manière générale, les « notes de fond » tiendront le mieux, alors que les notes volatiles, notamment les agrumes seront difficiles à fixer dans le savon (pour améliorer leur tenue, associez-les à des notes de fond tenaces). Ajoutez les huiles essentielles à hauteur de 1 à 5% (par rapport au poids total des huiles) dans votre savon.

>Huiles essentielles qui tiennent bien en saponification à froid :

Notes de fond longue-durée : Patchouli, Vétiver, Cannelle, Muscade, Girofle, Cèdre de l’Atlas, Amyris

Notes de cœur puissantes : Lavande vraie, Romarin à cinéole, Menthe poivrée, Menthe verte, Thym à linalol, Palmarosa, Pin sylvestre, Petitgrain bigarade, Epinette noire, Géranium, Ylang-ylang, Coriandre, Bois de Hô

Notes de tête intenses : Litsée citronnée, Lemongrass, Gingembre, Eucalyptus, Amande amère

>Fragrances cosmétiques naturelles : là encore, la tenue de l’odeur est très aléatoire. Il faudra généralement les utiliser en forte proportion (au moins 3-5%). Les extraits aromatiques naturels tiennent mal en saponification à froid.

Sachez que généralement, l’odeur des huiles végétales saponifiées disparaît totalement. Il est parfois possible de garder un peu de senteur avec les huiles ou beurres ajoutées en fin de préparation (huile de sésame ou beurre de cacao par exemple).

Et en pratique alors, comment ça se passe la saponification à froid?

matériel saponification à froid

> LE MATOS

Côté matériel, dites-vous qu’il faudra investir un peu (ou trouver en troc, récup…) car la saponification à froid requiert des ustensiles dédiés. Et non, on n’utilise pas son mixeur à soupe pour faire du savon à cause de la soude, qui reste quand même un produit corrosif.

Il vous faudra : un mixeur plongeur, un fouet à main, une maryse, un grand saladier, deux verres doseur, une balance de précision 0.1g minimum, des petits bols, des cuillères, une paire de gants et si vous avez une tendance à la maladresse ou que vous diluez la soude vous-même une blouse , des lunettes de protection et un masque. Les moules ne sont pas une obligation car vous pouvez très bien utiliser une bouteille de lait ou une boite de Pringles bien nettoyée et désinfectée.

Les huiles et beurres se trouvent en grandes surfaces, épiceries bio, magasin spécialisés, internet… Je vous conseille fortement d’utiliser des produits bio autant que possible, cela ne coûte pas toujours plus cher et votre peau vous en remerciera  😉

 

> LES RECETTES DE SAPONIFICATION A FROID

Une fois tout cela en tête, il faut trouver une recette. Vous pourrez en trouver plusieurs sur le blog ici ou là ou sur les internets, qui regorgent de formules toutes prêtes. Attention cependant si vous reprenez une recette de saponification à froid à TOUJOURS vérifier les calculs, personne n’aime un savon corrosif ! Idem si vous désirez ajouter ne serait-ce qu’une huile dans la composition. Cela aura un impact dans la formule et changera la quantité de soude à mettre.

Pas de panique, ça a l’air un peu compliqué comme ça, mais il existe des outils pour vous aider.

http://calc.mendrulandia.es/ : Le site ressemble à ça :

Il faut rentrer les ingrédients un par un en précisant la quantité (POIDS). Les indices de saponifications des huiles y  sont déjà préenregistrés (SAP KOH), tout comme les teneurs en alcali. Remplissez aussi le taux de surgraissage, la concentration (à vérifier sur votre bouteille si vous utilisez de la lessive de soude), sélectionnez NaOH.

Voir ci-dessous une formule d’exemple :

Si vous diluez la soude vous-même, le calculateur vous donne la quantité de perles de soude et d’eau à mettre. Encore une fois, respectez bien les dosages, à la virgule près.

Calc.mendrulandia à aussi l’avantage de donner des prévisions sur le mélange qui varient en fonction des huiles choisies et de leur quantité dans la recette. Douceur pour la peau, pouvoir lavant, dureté du savon, temps de séchage… Il faut que votre recette mette chaque chiffre de prévision en VERT (voir à 50 partout mais ce n’est pas facile à faire), ce qui vous assurera d’avoir un savon quasiment parfait.

Deuxième outil indispensable à coupler avec http://calc.mendrulandia.es/  pour moi, c’est le tableau de saponification d’Aroma-Zone qui se présente comme ceci :

Pour que cela soit plus simple, j’y ai entré la même recette que sur l’outil précédent. J’ai également précisé que j’utilisai de la soude liquide diluée à 30% et que mon surgraissage sera de 8%. Il faut ensuite cliquer sur : VOIR LES RÉSULTATS et ce tableau s’affiche :

Ce tableau vous permettra de savoir que dans cette recette, la quantité de lessive de soude (diluée à 30%) est de 325.7g et qu’il faudra ajouter 56g de beurre ou d’huile en surgraissage, à la trace (rappel : la trace apparait quand on mixe les huiles et la soude, le surgraissage est à incorporer ensuite). Le poids total de votre savon après séchage vous est également indiqué.

> LE PROCESSUS

Avant toute chose, équipez-vous, préparez et nettoyez votre plan de travail et mettez tous les ingrédients nécessaires à portée de main et désinfectez vos ustensiles. Mettez une bouteille de vinaigre blanc à portée de main car il neutralise l’effet corrosif de la soude. Si vous vous aspergez malencontreusement la peau d’un peu de soude, versez vite du vinaigre sur la brûlure, cela va se calmer très vite. Si ce sont vos yeux qui sont atteints, rincez-vous à grande eau pendant au moins 20 minutes et consultez un médecin. En cas de grosse projection, n’hésitez pas à consulter un médecin en urgence.

Etape 1/ (uniquement si vous diluez la soude vous-même, si vous utilisez de la lessive de soude déjà diluée, vous pouvez sauter cette partie) Préparez votre lessive de soude en versant la soude dans l’eau (on peut remplacer l’eau par une infusion de plantes, du jus de fruit, du lait, …). et c’est là que toutes les précautions sont à prendre: masque, gants, lunette et blouse, endroit ventilé! Cette solution est exothermique, c’est-à-dire qu’elle dégage de la chaleur: la température peut monter jusqu’à 110°! Une fois la dilution effectuée, mettez de côté pour que cela refroidisse.

Etape 2/ Pesez minutieusement les huiles végétales et/ou beurres, en commençant par les solides (comme la coco qui est solide en deçà de 20 et quelques degrés).

Etape 3/ Mettez les beurres et les huiles solides à fondre séparément (surtout si l’un des ingrédients – comme le beurre de karité – intervient en surgraissage ET dans la composition de la recette) en veillant à ce que la température ne dépasse pas 40°C pour ne pas dénaturer les propriétés des acides gras. Une fois fondus, ajoutez-les aux huiles liquides dans un saladier (ne pas mettre celui destiné au surgraissage, réservez-le de côté pour le moment).

Etape 4/ Lorsque les 2 mélanges sont  environ à 30°C, mettez la solution de soude dans les huiles (JAMAIS L’INVERSE !). Mélangez bien au fouet à main pour que toutes les huiles entrent en contact puis utilisez votre mixeur, en le plongeant bien au fond pour ne pas éclabousser ni faire de bulles d’air.

Assez rapidement (en fonction des ingrédients, cela peut aller de 5 min à 15min) le mélange va commencer à s’épaissir : c’est la fameuse trace dont je parlais tout à l’heure. A ce moment, le process de saponification est lancé. Votre trace doit avoir la consistance d’une béchamel pas trop épaisse. (une trace épaisse va vite figer et va être difficile à mouler, surtout si vous voulez faire des ajouts – c’est en revanche une bonne idée pour faire des marbrages et vous amuser avec les couleurs)

Etape 5/ Ajoutez le surgraissage et éventuellement d’autres ingrédients pour enrichir le savon: huiles essentielles, graines, plantes, argiles, pigments… et mélangez bien.

Etape 6/ Coulez dans vos moules, recouvrez de papier sulfurisé et laissez reposer 24 à 48h dans un endroit assez chaud mais sans variation de température.

Votre moule va chauffer surtout les premières heures, c’est normal, c’est la saponification qui suit son cours. Enfiler à nouveau vos gants pour démouler vos savons et les couper si nécessaire. Placez-les ensuite sur une grille (ou sur une assiette mais dans ce cas pensez à les retourner fréquemment) dans un endroit à température ambiante (pas dans la cuisine ni dans la salle de bain, personnellement, je les stocke dans ma chambre) et laissez en cure 4 semaines minimum (ou le nombre de jours indiqués par le calculateur Madrulendia).

Faites la vaisselle en gardant vos gants et en aspergeant à grand coups de vinaigre blanc qui va neutraliser la soude, puis nettoyez (n’utilisez pas votre éponge à vaisselle hein, prenez en une autre, ou mieux, fabriquez un tawashi J) et faites sécher votre matériel.

Etape 7/ Après la cure, c’est le moment de vérité !  Voici les points à vérifier :

– absence de fissure (si fissure il y a, ne prenez pas de risque, jetez-le, il y a un souci de soude)

– absence de liquide dans le savon (s’il y a une poche liquide, c’est un amas de soude, jetez)

– absence de petits points blancs à la surface (si points blancs, faites le test de la langue et si cela ne pique pas, votre savon n’est pas caustique, c’est probablement dû aux insaponifiables)

– faites le test de la langue : mettez la pointe de votre langue sur votre savon. SI cela pique vivement, jetez-le, si cela a le goût de savon, c’est bon !

– vous pouvez aussi double checker avec des bandelettes à Ph. Si l’indice est compris entre 7 et 10, c’est bon. Si c’est plus, prolongez la cure et refaites le test plus tard

– si votre savon est recouvert d’une fine couche de cendre, ce n’est pas grave, c’est que la soude à réagit au contact de l’air. Ce n’est pas forcément esthétique (quoi que pas laid non plus) et c’est sans danger

A noter que le temps de cure idéal est d’environ 6 mois, mais faut-il encore savoir patienter.

Vous avez maintenant toutes les clés en main pour vous lancer dans la saponification à froid.

Si vous êtes lillois et que vous souhaitez vous lancer dans la réalisation de vos savons – seul(e) ou avec un groupe d’amis – dans un environnement encadré, n’hésitez pas à réserver un atelier DO IT YOURSELF à domicile. Je me déplace avec tout le matériel nécessaire.

 

 

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*Rappel important : si vous réalisez les recettes cosmétiques ou autres DIY présentés sur ce blog, Ateliers DIY décline toute responsabilité quant aux éventuelles allergies ou mauvaises manipulations. Veillez à toujours respecter les précautions d’usage, à désinfecter votre matériel et votre plan de travail et à porter les protections nécessaires. L’utilisation des huiles essentielles n’est pas anodine et comporte des risques. Merci de faire attention, de respecter les dosages et les conditions d’utilisation. Les huiles essentielles sont fortement déconseillées aux femmes enceintes ou allaitantes ainsi qu’aux enfants.

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